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09mai08

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Le 11 septembre 2001 continue à faire des victimes. Ces dernières sont mal connus du grand public et pourtant ils sont de plus en plus nombreux à contracter des maladies telles que l’asthme, le cancer ainsi que d’autres formes de problèmes respiratoires. Certains ont succombé de leur maladie. Les victimes ont tous un point commun: elles habitent à proximité du chantier en ruine de Ground Zéro et/ou elles y ont travaillé, comme par exemple les pompiers de la ville de New York (FDNY).
L’adjoint chef des pompiers de New York FDNY, a accepté de répondre à nos questions. Cet entretien décapant en dit long sur les perspectives politiques à venir.

Roots Of Justice. Premièrement, pouvez vous, vous présenter brièvement et le travail que vous avez effectué pendant le mois de septembre 2001.

Deputy Chief Jim Riches FDNY. Je m’appelle Jim Riches. Je suis adjoint chef des pompiers au sein des pompiers de la ville de New York (FDNY). J’étais arrivé au World Trade Center le 11 septembre 2001 et j’ai guidé les équipes de recherche de victimes et des corps après la catastrophe, jusqu’à mai 2002. Mon fils, Jimmy Riches, était pompier. Il mourrut le 11 septembre 2001 à 29 ans, et son corps fût retrouvé le 25 mars 2002. On a sorti son corps des décombres avec mes trois autres fils qui sont eux aussi pompiers.

ROJ. Le 24 septembre 2007 vous etiez à la manifestation organisée contre Rudolph Giuliani devant le Waldorf Astoria. Que reprochez vous à l’ancien maire de New York?

DC. JR. Rudy Giuliani nous a abandonné, le 11 septembre 2001. Il a quitté la ville avant même que les deux tours s’éffondrent. Les radios des pompiers étaient défectueuses, nous avons les mêmes radios depuis 1993. Il n ‘y avait pas d’ordres précis pour l’incendie du world trade center. Les radios infra-fréquentielle : entre celles de la police et des pompiers étaient déféctueuses. Nous étions vraiment en manque de communication. Le centre de secours des pompiers a souhaité évacuer en priorité la tour Sud qui a été atteinte en première, mais les secours sur place ont dit aux gens de rester sur place et cela à entrainer un grand nombre de décès.
Giuliani a menti à propos de la qualité de l’air à proximité du WTC. L’agence de protection environementale, lui a dit que le taux d’amiante était relativement élevé à la fin septembre 2001.Il n’y avait aucun masques repiratoires au WTC jusqu’en novembre 2001 et maintenant 70% des premiers intervenants sont malades ou en traitement hospitaliers. Le Département du Design et de la construction est totalement inexpérimenté et l’agence municipale est en charge du site. Mr. Giuliani était descendu au ground zero plus que les intervenants. Il a dit que ce n’était pas vrai, et qu’il y était seulement pendant 29 heures en 3 mois. Il passa plus de temps aux matchs des Yankees. (33 heures).

ROJ. Souffrez-vous de séquelles causées par l’air toxique de Ground Zero? Si oui, quand est ce qu’elles ont commencé et comment pouvez-vous prouvé qu’elles ont été causé par l’air pollué post 11 septembre?

DC. JR. J’étais en insuffisance respiratoire le 24 novembre 2005. j’avais un ventilateur et j’étais dans le coma pendant 16 jours. J’ai développé le syndrome de détresse respiratoire chez l’adulte, appelé SDRA, ( Adult Respiratory Ditress Syndrome ARDS). Les médecins ont dit à ma femme que j’avais encore 5 heures pour vivre. Je m’en suis tiré miraculeusement. Je ne bois pas d’alcool, ne fume jamais, et court 8 kilomètres par jour et cela depuis 6 ans.

ROJ. Y a t-il des données datant de 2001 qui prouvent l’existence de la toxicité de Ground zero?

DC. JR. Les données à propos du taux d’amiante ont été transmis par le département de protection environnementale. L’agence de protection environnementale (fédérale) nous a aussi dit que la qualité de l’air était bonne, par l’intermédiaire de Christine Todd William. Plusieurs experts new yorkais de l’air de la National Institute of Occupational Safety & Health (NOISH) ont aussi les données

ROJ. Avez vous poursuivi en justice le maire ou le gouvernement pour les maladies dont vous souffrez?

DC. JR. Je n’ai reçu aucune compensations pour la maladie que j’ai contracté puisque le fond de compensation des victimes du 11 septembre 2001, a arrêté d’innemniserles victimes en 2002 alors que je suis tombé malade subitement le 24 novembre 2004.

ROJ. Pensez-vous que les médias vous ont aidé vous et les autres victimes dans la prise de conscience de cette affaire devant le grand public?

DC. JR. Le New York Daily News a vraiment été d’un grand secours pour les premiers intervenants. Les médias aussi. Ainsi que les hommes politiques, spécialemment Hilary Clinton et le parti démocrate.

ROJ. Que pensez vous qui n’a pas été fait et devrait être fait pour aider les post victimes du 11 septembre 2001?

DC. JR. Je suis sur prescription médicale pour toujours. Ainsi que sous les soins de mon médecin.

ROJ. Merci Mr Riches, d’avoir répondu à nos questions.

Entretien réalisé par Karamo Danfa et Francesca Gilibert

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Nombreuses sont les victimes du post 11 septembre. Un dossier spécifique concernant l’une d’entre elles met en lumière la face cachée de cette épisode sombre.

« Il est inacceptable qu’en situation d’urgence les autorités fassent preuve d’imprécisions et de manquements. Il est encore plus inacceptable, lorsque les autorités négligent d’assurer la protection de milliers de personnes lorsque celles-ci travaillent sur les lieux d’un tel drame. » Ces phrases proviennent tout droit de la bouche de Joël Kupferman, un avocat New Yorkais de la « Environemental Law and Justice Project » qui défend les victimes du post 11 septembre.
L’une de ces victimes habite dans une maison de retraite de Harlem, à l’intersection de la Manhattan avenue, la St Nicolas avenue et le Martin Luther King boulevard. Il se nomme Ronald Elumn. Un homme de 65 ans, coiffé d’une casquette « Obama 08 », avec un rire communicatif et une assez grande joie de vivre. Mais tout cela disparaît lorsqu’il évoque les souffrances dues à sa maladie. Il était « State regulator », sorte d’ inspecteur du travail, sur le chantier de Ground zéro. C’est là-bas, qu’il fit d’ailleurs la connaissance de Mr Kupferman. Nous nous rendions chez lui, accompagné de ce dernier, qui récoltait des échantillons de poussières et débris de matériaux provenant des bâtiments environnants en travaux. Ces débris prouveraient que son client est dans l’incompatibilité physique à habiter dans cette résidence. Car Ron est asthmatique depuis les attentats de septembre 2001.
En arrivant chez lui, on remarquait, avec un certain soulagement, que l’air était plus frais: le climatiseur était allumé. Il faisait un bruit sourd et continu. Son appartement était orné de décorations et de récompenses, non loin des photos de familles, attribuées par la chambre des représentants pour son rôle qu’il avait eu sur le chantier de Ground Zéro. Il y avait également des photos sur lesquelles il se tenait fièrement en uniforme face à l’objectif, car Ron est un vétéran de la guerre de Corée.
Cet inspecteur du travail possédait ses bureaux à proximité de Ground Zéro, où il y travaillait. Il nous dit que son lieu de travail était entièrement recouvert de poussières, et que c’est ainsi qu’il a contracté l’asthme, dues aux poussières et à l’amiante qui n’a pas arrêté de se propager tout autour des décombres. Aussi surprenant, que cela puisse paraître, aucune recommandations ou précautions n’a été préconisée par les autorités locales. Ni le maire, ni l’agence de protection environnementale n’a estimé nécessaire de protéger les personnes qui vivaient ou exerçaient à proximité de Ground Zéro. Beaucoup de personnes comme Ron ont contracté des troubles respiratoires, notamment l’asthme, avec un degré extrêmement élevé. Lorsque nous lui demandions s’il pourrait prouver qu’il a bien contracté ces maladies à cause de l’exposition continue à l’air de Ground Zéro, il nous répond « plusieurs médecins ont rédigé des rapports et des certificats médicaux, qui établissent bien le lien de causalité entre ma maladie et l’air toxique de Ground zéro». Il nous tend la lettre formulée par un chirurgien spécialiste des troubles respiratoires. On voulait être sûr, qu’il ne s’agissait pas d’un cas isolé, il nous affirma comme pour mieux nous convaincre que ses collègues souffrent autant que lui, si ce n’est plus.
Sa maladie a commencé à se développer deux mois après les attentats, il souffrait de douleurs chroniques au niveau de la poitrine. Lorsqu’on lui demande s’il a tenté d’obtenir des réparations auprès du gouvernement américain, il nous répond qu’ils lui ont fait savoir qu’il était « trop vieux ». En d’autres termes, son âge (65 ans) expliquerait son état de santé.
« Je suis tout de même allé voir un médecin », nous dit-il d’un air à la fois songeur et découragé, « mais bon, que voulez-vous que je vous dise » poursuit l’homme qui quelques instants auparavant riait et lançait des blagues comme pour oublier ses souffrances.
À ce moment là, Ron resta silencieux, et on sentait toute l’amertume et la tristesse que contenait cet homme. C’est alors que l’avocat Kupferman prit le relais, en nous expliquant que la seule précaution particulière dont on fait preuve les autorités était d’envoyer travailler Ron à cinq rues plus loin du World Trade Center. Il poursuit en nous disant que les gens n’avaient pas de masques, alors que l’amiante se propageaient partout. Selon ses dires, plusieurs « contractors » (ce sont les employés sur les chantiers) sont des immigrés illégaux, qui ne peuvent donc pas faire valoir leurs droits à réparations. Ils sont plusieurs à souffrir de séquelles graves dues à l’exposition prolongée face aux décombres du World TradeCenter.
Le bâtiment dans lequel Ron exerçait sa profession n’a pas été désinfecté. Les poussières s’étaient collées aux parois du bâtiment. Cette action n’a pas été entreprise selon Mr Kupferman car, ils lui ont dit qu’elle serait trop coûteuse.
Il enchaîna en nous expliquant que ce qu’il faisait chez Ron (Kupferman récoltait des échantillons de poussières afin de prouver que l’environnement où réside Ron est incompatible avec son état de santé.) pouvait être mal vu. En effet, les copropriétaires font des listes dans lesquelles ils répertorient les plaignants, de sorte que si ces derniers veulent emménager ailleurs, ils vérifiaient si les demandeurs figurent sur ces listes, et si tel est le cas, on leur refusait l’accès à l’appartement. Même chose, lorsque vous voulez postuler pour un emploi, ce qui expliquerait d’ailleurs la crainte de plusieurs personnes qui ne se retournent pas contre leurs employeurs. C’est pour cela qu’il ne cite pas le nom de ses clients, et les désigne par « Mr X » ou « Mme Y ».
Pendant que l’avocat Kupferman parlait, Ron était silencieux et semblait acquiescer d’un hôchement de tête, toutes les allégations de son avocat, comme s’il eût été trop dur pour lui de continuer d’en parler.
A ce moment-là, le climatiseur s’arrêta, nous signalant en même temps qu’il serait temps d’y aller. Mais avant de nous raccompagner à la station de métro la plus proche, il tenait à nous offrir deux places pour aller voir Barack Obama au Washington Square Park, comme pour nous remercier de l’avoir écouté.
Et quand on lui demanda si on l’y trouverait, sa réponse était teintée d’ironie et de sincérité « Je suis trop vieux, la file d’attente risquerait de me fatiguer plus qu’autre chose ».

Moka

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Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je m’appelle Lilian Bermudez et je vis à Lancy Street pas loin du site du World Trade Center. Je vis seule avec mes 4 enfants qui ont respectivement 18, 17 , 16 et 14 ans.Ma mère habite à quelques blocs de chez moi, à deux rues du World Trade Center.

Quelles ont été les conséquences de la chute des tours pour vous et votre famille ?

Pendant le mois d’Octobre 2001 mes trios garçons ont commencé à présenter des symptômes liées à l’asthme. Un jour le plus petit eût une crise si violente qu’on a du l’ hospitaliser de suite. Il a dû rester 3 jours en soins intensifs. J’ai cru qu’il allait mourir. Je ne comprenais pas ce qu’il lui arrivait. Heureusement il s’en sortit, mais il souffre régulièrement d’attaques d’asthme. Ces derniers mois ma fille de 16 ans se plaint de migraines et ses allergies commencent à être de plus en plus fréquent. Comme si tout cela n’était pas assez, j’ai moi aussi développé de l’asthme dernièrement. Maintenant on l’a tous à la maison.

Vous fréquentez maintenant de nombreuses associations, comment les avez-vous connues et pourquoi sont-elles importantes pour vous ?

Un jour mon docteur m’a dit qu’une association voulait me faire une interview. C’est alors que j’ai commencé à connaître les différentes organisations qui s’occupent des victimes du post-9/11. C’est là que j’ai compris que tous nos problèmes de santé pouvaient venir de l’air toxique généré par l’écroulement des deux tours. J’ai compris que je n’étais pas la seule à souffrir de ces maux et qu’il y avait un hôpital, le Bellevue, qui s’occupait de ce type de maladies. C’est à l’hôpital que j’ai pris des cours gratuits d’épidémiologie pour comprendre ce qu’il nous arrivait. Depuis quelques mois l’hôpital a même ouvert un département de pédiatrie car il y a vraiment beaucoup d’enfants qui ont été touchés par ce désastre environnemental.

Avez-vous reçue de l’aide pour vous soigner ou une compensation pour les travailleurs et résidents du Lower Manhattan ?
Je n’ai pas eu de compensation de la part du gouvernement malgré mes différents essais.L’excuse qu’ils m’ont donnée était que les jours après les attentats j’ai lavé ma maison. Qu’aurais-je dû faire? Je lave tous les jours! De plus à la télé on nous avait dit que l’air n était pas toxique, je n’allais pas imaginer le contraire. Ils trouvent toujours une excuse pour ne pas nous aider! Pour moi le 9/11 n’est pas fini, pas du tout, mais on nous a oublié, nous qui habitons toujours aux pieds du site.

Lilian Bermudez merci.

Entretien realisé par Karamo Danfa et Francesca Gilibert

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Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Mon nom est Lainie Kilt, je travaille pour l’agence de logement et mon bureau est juste en face du World Trade Center.

Ou étiez-vous lors des attentats du 11 Septembre 2001 ?

Le 11 Septembre 2001, j’étais dans mon bureau lorque que j’ai entendu un bruit horrible et que les fenêtres ont commencé à trembler. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait alors j’ai appelé à la maison et l’on m’a dit qu’un hélicoptère s’était écrasé sur une des tours. Par la fenêtre on voyait une quantité énorme de papier voler dans les airs. C’est à ce moment là qu’on nous a dit d’évacuer le bâtiment et une fois dehors c’était le chaos total. Par terre je voyais des chaussures et en levant les yeux j’ai vu des personnes se jeter des étages des tours. J’étais en panique, j’avais peur. C’est alors que j’ai vu le deuxième avion rentrer dans l’autre tour. Il y a eu une explosion et puis j’ai rien vu car le quartier s’est rempli de poussières et de fumées, et j’ai commencé à courir.

Comment avez-vous vécu cette tragédie ?

Tout cela a été très traumatisant pour moi. Depuis ce jour là, on m’a diagnostiqué du stress post-traumatique. Je vis encore maintenant sous dépression et j’ai d’énormes problèmes de sommeil. Vous savez les problèmes psychologiques sont un gros tabou dont personne ne veut parler, et pourtant je peux vous assurer qu’autour de moi beaucoup de personnes en souffrent. Les gens ne veulent pas en parler par peur de perdre leur travail. C’est d’ailleurs un des premiers freins à l’envie de se battre, quand on est déprimé on laisse vite tomber, les gens n’ont pas la force de se battre contre les autres maladies ou afin de recevoir une compensation financière.

Avez-vous été affecté au niveau de votre santé physique ?
Des mois après les attentats j’ai commencé à avoir des douleurs à la poitrine et mon docteur m’a dit que j’avais des problèmes pulmonaires. Depuis je dois utiliser une petite pompe deux fois par jour pour pouvoir respirer convenablement. Je vais à l’hôpital de Bellevue car ils m’aident vraiment bien et sont très attentifs à nos problèmes. Mes collègues souffrent presque tous de problèmes respiratoires ou de migraines très poussées, mais n’osent rien dire par peur de perdre leur emploi. Moi je n’ai pas peur, malgré un cancer au sein je me suis battue pendant trois ans pour avoir une compensation financière et être reconnue comme victime du post-9/11. Ca n’a pas été facile, j’étais seule et faible mais si je ne le faisais pas personne ne le ferais. On a besoin d’être reconnu comme victimes pour qu’on ne nous oublie pas et qu’on nous aide, pour que le gouvernement assume ses fautes et son rôle dans le désastre environnemental et sanitaire qu’à été le 9/11.

Quel’est votre ressentiment envers le gouvernement de l’époque et la façon dont il a géré la catastrophe ?
Je suis vraiment énervé, je me sens oublié, comme si nous on ne comptait pas. Le gouvernement a aidé (même si très peu) les gens qui travaillaient dans le site du World Trade Center, mais ils n’ont pas pensé à nous qui travaillons depuis toujours à côté des tours et tous les résidents du quartier. J’étais ici lors du 9/11 et j’y suis toujours, ma santé à été compromis mais on dirait que tout cela n’est pas important. Ils m’ont oublié, ils nous ont tous oublié.

Lainie Kilt merci.

Entretien realisé par Karamo Danfa et Francesca Gilibert

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Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je m’appelle Esther Regelson, j’ai 48 ans et je vis depuis plus de 25 ans deux blocks au sud du site du World Trade Center.

Où étiez-vous lors des attentats du 11 Septembre 2001 ?
Le jour des attentats j’étais au Battery Park et j’ai vu les tours s’écrouler sans vraiment comprendre ce qu’il se passait.C’est seulement en regardant la télévision que j’ai pris conscience de l’ampleur du problème. Mais honnêtement je n’aurais jamais imaginé que jusqu’à maintenant on en ressentirait les conséquences.

De quelles conséquences parlez-vous ?

Après ces jours là, je n’ai pas pu habiter dans ma maison pour une période de 6 mois, car le propriétaire devait laver la maison pour enlever toute la poussière qui envahissait le bâtiment. J’ai commencer à me sentir mal. J’avais des problèmes pour respirer et j’avais des fortes migraines. En parlant avec les voisins je me suis aperçue que je n’étais pas la seule. L’été 2003 j’ai commencé à avoir la Grave’ Disease qui touchait la tyroïde et qui me rendait vite faible et sans beaucoup d’énergie. Depuis je prends tous les jours plusieurs médicaments pour me sentir un peu mieux. Je vais régulièrement à l’hôpital de Bellevue car c’est le seul qui est spécialisé pour ces cas, et ils donnent les médicaments gratuitement.

Quel est le lien entre les attentats et votre état de santé d’aujourd’hui ?

Rien n’est prouvé mais je pense sérieusement que toutes ces maladies sont provoquées par la poussière qui restent encore dans l’air et dans les recoins du bâtiment, plus difficiles à atteindre. L’administration et le gouvernement sont fautifs. L’argent qui devrait aider les habitants de Lower Manhattan qui souffrent de plus en plus de nombreuses maladies est en fait utilisé pour une guerre qui n’a pas lieu d’être. Bellevue fait du bon travail mais pour combien de temps? L’argent qu’ils ont n’est pas suffisant et quand il va finir qu’en sera t-il de nous?

Quel est votre sentiment à l’égard du gouvernement de l’époque et la façon dont les choses se sont passée s?
Je ne suis pas vraiment fâchée, je me suis habituée à vivre avec la maladie. Ce qui m’inquiète davantage c’est la démolition de mon bâtiment. J’habite ici depuis plus de 25 ans, c’est un bâtiment à loyer modéré. Je ne vais jamais retrouver un loyer à ce prix dans Manhattan de nos jours. Quand vont-ils démolir le bâtiment, où vais-je vivre? En plus le bâtiment n’a pas été bien décontaminé, je m’inquiète vraiment de ce qu’il va se passer lors de la démolition! Je ne suis pas la seule concernée par ces démolitions, en plus de mes voisins, il y a les habitants des bâtiments proches du World Trade Center. Il n’y a pas longtemps le bâtiment du 213 Pearl Street a été démoli. Ils ont créé volontairement une fissure afin d’avoir une excuse sérieuse pour faire évacuer de toute urgence tous les résidents. Je ne sais pas où ils les ont relogés et même s’il l’ont fait mais je peux vous assurer qu’ils ont tous beaucoup souffert de devoir laisser le quartier dans lequel ils habitaient, et pour beaucoup depuis plusieurs générations.

Êtes-vous optimiste concernant votre futur et celui de vos voisins ?
Je continue à aller aux réunions des victimes du post 9/11 mais je ne sais pas pour combien de temps encore. Peut-être que bientôt je n’habiterais plus Manhattan. Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir.

Esther Regelson merci.

Entretien realisé par Karamo danfa et Francesca Gilibert

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Roots Of Justice. Tout d’abord pourriez-vous nous dire ce qu’est WE ACT, et comment l’organisation a été créée?

Yolande Cadore. WE ACT est une organisation qui milite pour la justice environementale, notamment dans l’ouest de Harlem. Elle fut crée en tant qu’organsation à but non-lucrative en Mars 1988 par Venice – Miller- Travis, Peggy Shepard et Chuck Sutton afin d’organiser les luttes de la West Harlem community dans le pauvre voisinnage de la rivière nord, à proximité des égouts et évacuations sanitaires. Le problème du North river Plant s’avère être un point de ralliement avec les résidents, qui se plaignent des mauvaises odeurs qui s’en émane, ainsi que des problèmes respiratoires. A travers une forte mobilisation des résidents et une stratégie de la désobéissance civile, les « sewage seven »- les leaders de la West Harlem district Peggy Shepard et Chuck Sutton, le sénateur de l’Etat David Paterson, l’ancien membre du council Hilton clarck et trois autres- ont été arrêté pour avoir bloqué la circulation à 7 heures du matin sur le côté ouest de l’autoroute en face du North river Sewage Treatement plante en une date symbolique: le 15 janvier 1988 qui est le Martin Luther King Day.
Des masques à gaz ont été porté par des résidents , qui tenaient des pancartes au milieu de la circulation en face de l’usine de Riverside Drive, afin de dramatiser la situation qui deviendrait insoutenable pour les autorités.
Trois mois plus tard, WE ACT se fixa trois objectifs principaux: Forcer la ville de New York à réparer la North River Plant, participer au futur aménagement dans l’Ouest de Harlem, et dans les décisions de planification, et enfin à influer sur l’ordre du jour de la politique publique afin que la justice environnementale devienne une politique publique à part entière. L’organisation a réussi à atteindre ces objectifs au cours de ces seize dernières années. La campagne autour de l’usine de North River a réellement pris de l’ampleur quand un élu a commencé à répondre aux préoccupations de la collectivité sur le fonctionnement de l’usine. WE ACT a ensuite encouragé le Président de la Manhattan Borough, David N. Dinkins, à embaucher le très remarqué écologiste Barry Commoner, afin qu’il recherche et présente une étude sur le fonctionnement de l’usine de North River. Le document qui en a résulté a fourni aux résidents des faits et chiffres, donc de preuves importantes qui leur permmettront de se défendre contre ce problème complexe mais aussi d’acquérir une plus grande crédibilité face aux médias.
WE ACT a rencontré de nombreux fonctionnaires de l’Etat et de la ville ces dernières années, pour exiger un plan d’action afin de corriger les lacunes opérationnelles des usines de traitements. Il a fallu tout de même faire un procès pour assurer une réponse de la ville. Le 30 décembre 1993, WE ACT est parvenu à un arrangement de son procès contre la ville. L’exploitation de l’usine de North River a été désigné comme étant nuisant pour les résidents. L’arrangement( négocié par l’avocat de WE ACT Mark Silberman et Alan Birnbaum of Paul, Weiss, Rifkind et Wharton, ainsi que Eric Goldstein, du Natural Resources Defense Council, qui a été un coplaignant) s’élève à 1,1 million de
dollars. Ils ont souhaité la création d’un fond avec cet argent afin de répondre aux préoccupations liées à la santé, l’environnement et les prestations de services.
Et c’est ainsi que WE ACT embaucha ses trois premiers employé(e)s grâce à une subvention provenant du même fonds.
Aujourd’hui, WE ACT a 17 employés et détient un budget annuel de 1,2 million de dollars.

ROJ. Aujourd’hui, quels objectifs vous êtes vous fixé?

YC. WE ACT mène ses travaux à travers cinq pistes spécifiques qui traitent des points suivants: un environnement sain et une communautée basée sur la recherche, le développement durable, la justice environnementale et la responsabilisation des pouvoirs publics, le mouvement de construction et le développement de la jeunesse. Cela veut dire, qu’on élève nos voix pour dire que les résidents n’ont pas accès à une eau potable, à un air pur, qu’il n’y a pas d’égalité quant aux protections environementales, et revendiquons un équitable usage et partage des terrains. Beaucoup de personnes sont malades et meurent à cause d’exposition disproportionnée devant la pollution, les toxines qui ont marqué la santé et la qualité de vie des résidents afro-américains et latinos à faible revenu, en particulier les enfants et les personnes âgées.

ROJ. Oui, mais la pollution n’atteint pas uniquement ces populations. Pourquoi donc, les defendez vous tout particulièrement?

YC. Ecoutez ce qu’il faut savoir, c’est que les rues de Manhattan commencent au sud, et l’organisation géographique de cette ville répondait au soucis de parquer les gens par communauté. La ségrégation avait établi un système où les gens de telles couleurs habitaient entre telle rue et telle rue. Aujourd’hui, même si la ségrégation a été officiellement abolie, les gens continuent à vivre dans leur quartier selon la couleur de leur peau. Or toutes les usines de traitements, de dépôts de bus, ou d’industries toxiques sont situées dans le nord de Manhattan, là où les populations afro-américanes et latinos habitent. De ce fait, nous demandons une meilleure répartition de ces types d’usines sur l’ensemble de Manhattan. Il nous semble injuste de devoir supporter les dépôts de bus de la MTA, et l’odeur insoutenable des usines de traitements des eaux usagées. C’est en ce sens que nous défendons ces personnes, car il s’agit d’une injustice environementale!

ROJ. Ces dernières années le thème de l’écologie est très en vogue. Les multinationales, les programmes des politiques se placent tous dans le créneau de l’environement et de l’écologie. Quelle est votre définition de l’écologie? Et pourquoi ne pas parler d’écologie, au lieu de justice environementale?

YC.L’environement représente cinq points: vivre, travailler, apprendre, jouer et prier. Il ne s’agit pas seulemet d’oiseaux et d’océans. C’est l’être humain, le bien être humain que nos prônons d’abord. Nos actions veulent placer l’être hulain au centre des préocupations environementales. Vous savez nous sommes une organisation qui voudrait redéfinir le mot « environement » pour inclure encore une fois tous les lieux où nous vivons, travaillons, jouons, apprenons et prions.

ROJ. La mobilisation initiale dont vous nous aviez fait part au début de cette interview, (ndlr, contre l’usine de traitements des eaux usagées) a entraîné d’autres actions, notamment contre la Metropolitan Transport authority (MTA), pouvez vous nous expliquer ce que vous leur reprochez?

YC. Nous avons mené une campagne contre le groupe de la MTA (Metropolitan Transport authority). La MTA a construit la plupart de ses dépôts de bus dans le nord de Manhattan, c’est à dire à proximité de Harlem. Ce que nous dénonçons ici, c’est le fait de parquer tout ces dépôts de bus uniquement dans le nord de Manhattan. De plus, les usines de traitement des eaux usagées sont toutes situées ici.
Au départ, ces usines devaient être situées dans le sud de Manhattan,
C’est en fait sous la pression du promoteur immobilier New yorkais Donald Trump, que toutes ces installations ont été construites dans le nord de Manhattan. Car, si ce genre d’usines se trouvent à proximité de bâtiments, ces derniers chuteraient en valeur.
La 96eme rue est un mur invisible qui départage d’un côté le sud de Manhattan dans lequel on n’implante pas ce genre d’usines et le nord de Manhattan où il y a une forte concentration d’usines et de dépôts de bus toxiques.
Nous avons comme objectif d’aider les populations les plus pauvres et les plus démunies, qui quelquefois ne connaissent pas leurs droits. Vous savez, la sécurité sociale n’existe pratiquement pas ici, et beaucoup de personnes et d’enfants souffrent de plusieurs maladies: asthme, problèmes respiratoires variés, cancer… pour exemple, la MTA a construit six dépots de bus dans le nord de Manhattan (de Harlem jusqu’à début du Bronx), à proximité d’une école élémentaire et d’une zone d’habitation importante.
Nous avons mené des études avec des experts, et ils ont démontré que le taux de cancer et d’asthmes étaient relativement élevé. En tout cas, beaucoup plus élevé que dans le sud de Manhattan.

ROJ. Concernant la Columbia University, vous les attaqué en justice, alors même qu’ils souhaitent étendre leur campus de plusieurs hectares dans l’ouest de Harlem, n’êtes vous pas en contradiction avec l’un des objectifs que vous prônez, à savoir l’apprentissage et l’éducation?

YC. Actuellement, nous travaillons sur le cas de la Columbia University. Elle veut acquérir un terrain de plusieurs hectares (7)dans l’ouest de Harlem. La columbia University plannifie de construire un nouveau campus s’étalant sur huits blocks (ndlr huits rues) au long du quai Manhattanville dans Harlem West.
Le problème est que la Columbia University ne souhaite pas intégrer les résidents du quartier. Nous ce que nous voulons, c’est qu’elle puisse travailler et vivre avec les gens du quartier. De trouver une solution, afin de vivre et échanger avec les résidents. Car ce qu’on craint, c’est que les gens se considèrent étranger dans leur propre quartier, ou que cela entrainerait la montée des prix des loyers, ou la vente des appartements. Ce qui impliquerait une exclusion des populations les plus modestes un peu plus loin dans le Nord (Bronx), ou carrément la mise à la rue de nombreuses personnes.
Le terrain est pour les résidents du quartier, et non pour la Columbia University. La solution que nous préconisons est la coéxistence entre le campus et les résidents du quartier.

ROJ. Merci de nous avoir reçu, et bon courage.

YC. Il n’ya pas de quoi. Revenez nous rendre visite ça sera avec plaisir.

Entretien réalisé, par Karamo Danfa et Francesca Gilibert